Retour en bucolie

Elle n’a pas les cra­que­lures dans le ver­nis que rem­plit la crasse dépo­sée par les doigts qui en mani­pule la reliure. Elle n’a pas les page qui s’émiettent, jau­nies par le soleil, et le texte bafoué par les coins cor­nés et les notes en marge. Elle n’a pas la cou­ver­ture mar­quée par les cercles entre­la­cés, cou­leur sang séchés, lais­sés par un verre posé, le regard ailleurs, lorsqu’elle atten­dait son tour sur la table basse. Elle a juste l’odeur anes­thé­siante du papier neuf et de la colle fraîche, l’alignement impec­cable sur la qua­trième étagère — à hau­teur du regard — de l’ouvrage qu’on n’ose à peine posé, grand ouvert, sur les genoux de peur d’en abî­mer la jaquette. Pour­tant il semble en sor­tir un mur­mure comme un chant d’oiseau en boucle et un carillon étouffé par les brin­dilles et la boue séchée qui s’immiscent jusque sous la cloche.


En panne d’ID

Elle a le for­mat d’une carte de cré­dit et je ne peux m’empêcher d’y voir le signe de quelque chose comme une réflexion conve­nue sur le pou­voir et la place de l’argent. Les coins oppo­sés plan­tés dans la chair du pouce et de l’index, je la fais tour­ner comme une hélice voi­lée, m’amusant de voir mon


Pour Giulia

Si dans quelques années — et, à voir la faci­lité avec laquelle tu mani­pules la tech­no­lo­gie, je doute que tu doives attendre encore très long­temps — tu lais­se­ras voya­ger tes doigts, si menus, si fra­giles, sur le cla­vier d’un ordi­na­teur à la recherche de ce que ton père a essaimé sur Inter­net, tu trou­ve­ras peut-être ce


Audresselles

Nous pas­sons quelques jours pour fêter la nou­velle année entre amis, sans les enfants, à Audres­selles, sur la Côte d’Opale, non loin des deux caps. C’est la mer en hiver, nue et sau­vage, que j’imagine à quelques mètres, ren­due muette par les fenêtres double vitrage. Ces jours qui closent l’année laisse tou­jours un vide —